Invaders with Personality

Posté le 29 juin 2015 par jessferg

Membre du RESB et du blog Ontario Nature, blogueur invité

Les gens ont différentes personnalités. Certaines personnes sont timides, d’autres audacieuses. Certaines sont extraverties et d’autres, introverties. Ces traits de personnalité influencent nos succès scolaires, notre rendement au travail, nos relations personnelles, notre santé et notre vulnérabilité aux maladies. Dans le laboratoire McLaughlin à l’University of Guelph, nous nous intéressons à déceler les différences de personnalités chez les animaux et à déterminer si ce genre d’information peut être utile pour la gestion. Un de nos projets insiste sur la lamproie non indigène et sa gestion dans les Grands Lacs.

Les animaux sauvages ont-ils des personnalités? La réponse courte est oui. Des insectes aux vertébrés, les animaux affichent des différences extraordinaires de personnalité. Cela peut-il influencer l’écologie, l’évolution ou la gestion des espèces? Voilà une question beaucoup plus difficile, et même si ce type de recherche a de longs antécédents, seule une poignée d’études montrent que les personnalités peuvent influencer le butinage et les décisions migratoires.

Cette constatation est particulièrement intéressante au point de vue de la gestion, car les espèces envahissantes semblent souvent se répandre comme un incendie en butinant et en migrant vers de nouveaux habitats. Peut-être que certains individus d’une population montrent un comportement plus propice à l’invasion de nouveaux habitats. Ces renseignements seraient utiles pour gérer une invasion potentielle.

Dans les Grands Lacs, la lamproie pose un problème de gestion qui suce littéralement l’énergie des intervenants. La lamproie est un poisson semblable à une anguille qui s’accroche à d’autres poissons pour se nourrir de leur sang et de leurs tissus, ce qui finit souvent par tuer l’hôte.

 

Sea lamprey mouth.

Bouche de la lamproie par Emilia Myles-Gonzalez.

La lamproie est aussi une espèce envahissante qui contribue au déclin des espèces de pêche commerciale  et récréative, et perturbe tous les réseaux trophiques.  C’est vraiment embêtant.  Voilà pourquoi la lamproie est la cible d’un programme de contrôle depuis les années 1950. Toutefois, il n’est pas facile de la contrôler, de sorte que les gestionnaires des pêches continuent à chercher des moyens d’améliorer leurs méthodes. 

Sea lamprey wound on a rainbow trout.

Lamproie accrochée à une truite arc-en-ciel par Rob McLaughlin

Peut-être que les lamproies pourraient être contrôlées par le piégeage.  Actuellement, cette méthode sert surtout à déterminer la taille de la population, mais on pourrait peut-être piéger des adultes pendant qu’ils remontent les rivières pour frayer, et les retirer avant qu’ils puissent le faire.  Le piégeage pourrait être particulièrement utile pour le contrôle dans les grandes rivières, là où d’autres méthodes comme les lampricides chimiques et les barrières migratoires sont peu pratiques.

Removing a sea lamprey trap from St. Marys River.

Enlèvement d’un piège à lamproie de la rivière St. Marys par Rob McLaughlin

C’est ici qu’intervient la personnalité. Que se passerait-il si des différences de comportement rendaient certaines lamproies plus vulnérables aux pièges que d’autres? Une meilleure compréhension de la personnalité pourrait aider les chercheurs et les gestionnaires à concevoir des pièges adaptés aux différents types de personnalité.

Si le comportement détermine la vulnérabilité à un piège, il est probable que les individus piégés présenteront des personnalités différentes par rapport aux autres. Nous avons étudié cette hypothèse en recueillant des lamproies piégées et d’autres à l’état libre (grâce à la pêche à l’électricité) dans des cours d’eau et en évaluant leurs personnalités dans notre laboratoire.

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Lamproies piégées, par Ted Lawrence, Commission des pêcheries des Grands Lacs

On évalue généralement la personnalité en quantifiant les individus respectivement audacieux et timides, ceux qui sont généralement plus au moins actifs, ainsi que selon leur réaction à un prédateur. Aussi, avons-nous mesuré combien de temps des individus ont mis pour quitter une enceinte afin d’arriver dans un nouvel environnement (timide/audacieux), quelle était leur activité (générale), et comment celle-ci a changé en présence d’un indice de prédateur (produit chimique trouvé dans l’urine d’un prédateur).

La combinaison unique des réponses individuelles dans chacun de ces essais définit sa personnalité. Celle d’un individu devrait être uniforme; aussi avons-nous testé chaque individu plusieurs fois. Nos expériences ont été menées dans les ténèbres, car les lamproies sont actives la nuit, ce qui a compliqué notre tâche.

Notre recherche a montré que les lamproies ont des personnalités. Certains individus se montraient réticents à quitter une enceinte (timide), tandis que d’autres sortaient rapidement (audacieux), comme le montre le clip vidéo ci-dessous. Certains étaient beaucoup plus actifs que d’autres. Certains ont essayé d’éviter l’indice de prédateur que nous avons déversé dans l’eau, tandis que d’autres s’immobilisaient. Il est clair que les lamproies n’ont pas toutes le même comportement, mais chaque individu est uniforme dans sa façon d’agir, conformément à nos prévisions.

Clip sur une lamproie en déplacement rapide

Clip sur une lamproie en déplacement au ralenti

La personnalité est-elle importante pour le piégeage? Nos résultats montrent que celles des lamproies en nage libre (qui évitent les pièges) sont nettement différentes des lamproies piégées. Ce phénomène est intéressant quand cela signifie que la compréhension du comportement pourrait nous permettre de concevoir de meilleurs pièges et d’améliorer ainsi les méthodes de contrôle. Toutefois, on ignore encore au juste si nos conclusions s’appliqueront aux grandes rivières, là où le piégeage est le plus nécessaire. Nous continuons à mettre cette idée à l’essai.

Nos conclusions révèlent aussi que nous sommes peut-être tombés dans un piège... conceptuel. En gérant les populations animales, nous avons tendance à croire que tous les individus sont les mêmes, mais ce n’est pas le cas. L’abandon de ce préjugé exige que nous changions notre conception du comportement animal.

Adrienne McLean

Adrienne McLean est une récente diplômée de la maîtrise en science décernée par le Département de biologie intégrative de l’University of Guelph. Sa thèse portait sur le comportement des lamproies adultes et ses effets sur le piégeage.

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Emelia Myles-Gonzalez est une étudiante en maîtrise des sciences au Département de biologie intégrative de l’University of Guelph. Elle s’intéresse à la personnalité et aux espèces envahissantes, et continue notre enquête sur la personnalité des lamproies.

 

R McLaughlin

Rob McLaughlin est professeur associé au Département de biologie intégrative de l’University of Guelph. Il est également l’un des scientifiques affectés au partenariat pour la recherche et la gestion des écosystèmes de la Commission des pêcheries des Grands Lacs. Ses recherches portent sur le comportement, l’écologie et la gestion des poissons.

 

 

L’Ontario Invasive Plant Council célèbre la Journée internationale de la biodiversité (catégorie : espèces envahissantes, enlèvement des espèces, Journée internationale de la biodiversité, archives)

Affiché le 8 juillet 2014 par Danielle

Les espèces envahissantes sont considérées comme une des plus grandes menaces contre la biodiversité (au même titre que la perte d’habitat, la pollution, l’usage non durable des ressources, le changement climatique et la croissance démographique). Il est donc logique que plusieurs des activités organisées dans le cadre de la Journée internationale de la biodiversité portent sur les espèces envahissantes, leur enlèvement, le fait d’enseigner aux gens comment les identifier et les éviter, et, dans certains cas, leur remplacement par des espèces indigènes. Un de ces projets que le RESB a été fier d’appuyer par un financement dans le cadre de la JIB était la journée d’enlèvement de l’égopode podagraire, organisée par l’Ontario Invasive Plant Council (OIPC).

Égopode podagraire vert et blanc

Infestation par l’égopode podagraire, photo de Gregory Phillips, Wikimedia Commons

Qu’est-ce que l’égopode podagraire?

L’égopode podagraire (Aegopodium podagraria) est une plante indigène d’Europe et du Nord de l’Asie. Initialement apporté en Amérique du Nord à titre de plante ornementale et médicinale, il est maintenant très répandu dans de nombreux jardins et pépinières. En dehors de son territoire naturel, il est un couvre-sol envahisseur qui prolifère rapidement grâce à des rhizomes souterrains.

Bien qu’il puisse être nuisible dans les jardins, exigeant un sarclage diligent, il devient une véritable menace contre la biodiversité quand il se répand dans des aires naturelles comme les ravins, les sous-bois et les bords des cours d’eau. Lorsqu’il envahit un secteur naturel, l’égopode podagraire évince les espèces indigènes, étouffe les plantes des sous-bois (même les semis d’arbres!) et détruit un précieux habitat pour la faune. Il peut atteindre ces aires à partir des jardins voisins, et à la suite du déversement de déchets de jardins et de cours.

Que peuvent faire les jardiniers au sujet de l’ægopode podagraire?

Le 29 mai, l’OIPC a invité des bénévoles à aider à retirer cette plante des jardins situés à l’extérieur de leurs bureaux, à l’éliminer convenablement et à replanter le secteur avec des espèces indigènes.

Après avoir enlevé cinq sacs d’égopode, les bénévoles et le personnel de l’OIPC ont rempli le jardin vide avec 100 plantes indigènes, y compris le raisin d’ours, le fraisier des bois, le thé des bois, le penstémon hirsute, l’aster lisse, l’asclépiade tubéreuse, la marguerite jaune, la benoîte à trois fleurs, l’ancolie du Canada, la consoude officinale, l’échinacée pourpre, le liatris cylindrique et l’anémone du Canada. Il s’agit de fleurs sauvages exigeant pu d’entretien, qui fourniront une alimentation aux pollinisateurs, aux petits mammifères, et contribueront à empêcher de nouvelles espèces envahissantes de s’établir dans le jardin.   

Groupe de personnes devant un jardin avec des sacs à déchets pleins de la plante envahissante égopode podagraire

Employés de l’OIPC et bénévoles avec des sacs d’égopode podagraire. Photo de Rachel Gagnon

Ce fut une journée agréable dans le jardin, alors que les bénévoles se familiarisaient avec les conséquences des plantes horticoles envahissantes, ainsi qu’avec les nombreuses autres plantes indigènes et non envahissantes disponibles.

L’Ontario Invasive Plant Council est un organisme sans but lucratif consacré à la lutte contre la menace des plantes envahissantes dans la province. Il produit et livre des ressources éducatives, du matériel pour un contrôle et une gestion améliorés, et une tribune pour rassembler des experts en plantes envahissantes issus de toute la province de l’Ontario et d’ailleurs.

Pour de l’information sur les plantes indigènes de votre jardin, télécharger des copies des guides « Grow Me Instead » de l’OIPC, pour le Nord et le Sud de l’Ontario.